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Dossier Body Count

1990, décennie capitale dans l'histoire du rock. C'est celle qui a initié les plus grands changements dans le genre depuis sa création. Les mélanges que certains groupes ont expérimenté à l'époque dans leur musique ont préfiguré l'évolution qu'allait suivre le rock et le métal en particulier.
Le premier genre à se mélanger avec le métal a été le rap, notamment sous l'influence de groupes commeRage Against The Machine (le plus connu de tous), mais d'autres moins connus ont également contribué à poser les bases de ce qui deviendra plus tard le néo-métal (ou le rap-métal ça dépend des gens). Des groupes comme Urban Dance Squad ou bien Body Count (ceux qui nous intéressent aujourd'hui) ont contribué à leur manière, avec une approche musicale différente de celle de RATM à faire avancer le schmilblick.

Ce qui fait la particularité de BC c'est non seulement son style musical très particulier mais aussi le fait que tous les membres du groupe sont noirs et que le leader de la fine équipe n'est autre qu'Ice T, gangsta rappeur reconverti dans le rock puis dans une carrière d'acteur plutôt réussi ou il alterne rôle de gangster et rôle dramatique avec une déconcertante aisance.

Mais reprenons l'histoire depuis le début.
Tout commence sur Crenshaw Boulevard dans un lycée miteux perdu au milieu du ghetto de South Central dans la banlieue de Los Angeles. Ice et Earnie-C (guitare) traînent ensemble toute la journée, le premier est à fond dans le rap, le second écoute Black Sabbath. Ice finit par percer dans le milieu du gangsta rap tandis qu'Earnie monte un groupe de speed métal mais les résultats ne sont guère flatteurs pour lui. Ice voulant se diversifier un peu, il décide de monter un groupe avec Earnie. les 2 compères recrutent quelques amis (Mooseman - basse, Beatmaster V - batterie, D-Roc - guitare, Sean E Sean et Sean E Mac - inutile tous les 2 mais présents partout) ayant des affinités pouvant convenir à leur projet. Ice étant connu pour ne faire que peu de compromis, il décide de nommer le groupe Body Count. La machine est lancée.

Nous voilà donc avec 7 blacks qui font du métal au milieu de South Central. Cherchez l'erreur… Pour ceux qui ne l'a trouve pas, petit rappel des faits.
South Central et Compton, 2 quartiers très défavorisés de Los Aangeles, sont l'antre des gangs mais aussi le lieu de naissance du mouvement gangsta rap lancé au début des 90's par le groupe NWA (Nigga With Attitude) dans lequel on retrouvait Ice Cube, Dr Dre et Easy-E (R.I.P.). C'est grâce au gangsta rap qu'Ice T lancera sa carrière et cela aura une grande influence dans les textes de Body Count. BC sort son premier album en juin 1992. L'opus, sobrement intitulé Cop Killer (tueur de flics), déchaînera les passions. En effet le disque a le malheur de sortir à l'époque où LA est à feu et à sang. Des émeutes éclatant un peu partout car des policiers ont été filmé en train de passer à tabac des automobilistes noirs et ont été acquitté lors de leur procès. Alors forcément, un album intitulé Cop Killer dont la chanson titre fait l'apologie du massacre de flics, ça fait pas joli joli dans cette belle Amérique bien pensante. L'album tout comme la chanson seront censurés et le disque ressortira sous le titre de Body Count, Cop Killer étant remplacé par une autre chanson tout aussi provocatrice intitulée Freedom Of Speech avec comme guest de luxe Jello Biafra des Dead Kennedys (rien que ça).

Warner, qui distribuait le disque, mettra un coup de pression à Ice T pour que celui-ci face une campagne dans la presse disant que la chanson n'est que de la provocation et qu'en fait il aime la police (on le verra notamment faire la couverture du magasine Rolling Stone déguisé en poulet). Le label en profitera également pour ne pas renouveler le contrat du groupe. Aucun problème, BC déménage chez Virigin et sort en 94 l'album Born Dead dont la chanson titre fera connaître le groupe partout dans le monde, elle sera même diffusée à la radio en France dans une version censurée certes mais diffusée quand même.
BC reviendra en 1997 avec son 3éme et ultime album Violent Demise : The Last Days, qui passera malheureusement totalement inaperçu tant auprès des médias qu'auprès du public car entre temps, la vague néo métal a envahit le monde et la musique du groupe n'était pas vraiment en adéquation avec la hype du moment. Le décès prématuré de Beatmaster V, dû à une leucémie, finira d'achever le groupe bien qu'un quatrième album ait été un moment en chantier fin 2000.

Penchons nous maintenant sur la musique. Là où RATM innovait avec des effets de guitare délirant et ou les hollandais d'Urban Dance Squad avait un phrasé rap posé sur une musique très funky, BC fait du heavy métal façon 80's et Ice rap par-dessus. En toute honnêteté, vous auriez mis n'importe quel chanteur de métal de l'époque sur leur musique, le groupe serait passé à la trappe sans que personne ne s'en soucie, mais c'est Ice qui chante et ses textes font mouche de la première à la dernière ligne.

Dans les paroles de Cop Killer (l'album), l'influence du gangsta rap est présente à chaque rime, les sujets abordés et la façon de les traiter ne laissent pas de doute à ce sujet. Les guerres de gangs (A Statistic), le racisme (KKK Bitch), les familles à problèmes (Momma's Gotta Die Tonight) et bien entendu le sexe. Evil Dick, chanson au titre assez explicite, résume plutôt pas mal les choses: " d'où que tu sois, si t'as une chatte, on va te sauter ". Fin, rapide, net et sans bavure. Enfin comme dans tout album de gangsta rap qui se respecte, il y a la chanson qui fait l'apologie du groupe (ici Body Count's In Da House et Body Count Anthem).
Le morceau de choix du disque étant bien entendu la chanson titre Cop Killer avec son refrain accrocheur durant lequel chaque coup de caisse claire est accompagné d'un coup de revolver. Niveau provocation et haine envers la police, on n'a jamais fait mieux.

Morceaux choisis:

Intro parlée qui donne toute de suite le ton.
This next record is dedicated to some personal friends of mine, the LAPD. For every cop that has ever taken advantage of somebody, beat 'em down or hurt 'em, because they got long hair, listen to the wrong kinda music, wrong color, whatever they thought was the reason to do it. For every one of those fuckin' police, I'd like to take a pig out here in this parkin' lot and shoot 'em in their mothafuckin' face.

Pre-chorus
COP KILLER, better you than me
COP KILLER, fuck police brutality!
COP KILLER, I know your family's grievin' ... FUCK 'EM!
COP KILLER, but tonight we get even


Interlude
Ice: What
do you wanna be when you grow up?
Voix off: cop killer
Ice : good choice


Chorus
FUCK THE POLICE, for Daryl Gates
FUCK THE POLICE, for Rodney King
FUCK THE POLICE, for my dead homies
FUCK THE POLICE, for your freedom
FUCK THE POLICE, don't be a pussy
FUCK THE POLICE, have some mothafuckin' courage
FUCK THE POLICE, sing along!


Born Dead démarre là où Cop Killer s'arrête, sur une chanson à la gloire de BC (Body Mothafuckin Count). En 2 ans, le groupe et sa musique ont bien évolué. La légère influence hiphop présente à la batterie (groove, son très clair) a disparu, maintenant le groupe est clairement orienté métal mais le phrasé et les paroles sont clairement rap. Ice a beaucoup travaillé ses textes et l'ont sent plus de maturité dans les sujets abordés.
Masters Of Revenge et Last Breath ne font pas l'apologie de la violence mais parle directement des guerres des gangs et de leur conséquence. La vengeance est ici un thème récurrent, le tout avec une voix et des paroles très sombre, limites malsaines.
Drive By, Killin' Floor ou Necessary Evil parlent toujours de la dureté de la vie dans le ghetto, l'approche est toujours très crue, directe et froide de lucidité mais les mots sont mieux choisis.
Le message passe avec encore plus de force et de conviction et cela se ressent surtout vers la fin du disque ou les paroles prennent une tournure plus politique. Shallow Grave est une dénonciation sans compromis de la Guerre et surtout avec des allusions à la guerre du Vietman franchement barbare. Born Dead, au-delà se musique des plus simplistes, est un hymne anti-raciste où toutes les formes d'exclusions sont dénoncées de la manière la plus froide qui soit : par une simple énumération dite avec une voix d'une neutralité effrayante. Ice en profite également au passage pour tailler un méchant costard à son pays pour la Guerre du Golfe.
Et puis au milieu de toute cette haine se trouve une véritable perle: Hey Joe, reprise absolument anthologique de la mythique chanson de Jimmy Hendrix. Cette version du tube du brûleur de guitares est tellement bonne qu'elle a été choisit pour figurer sur un tribute à Hendrix sorti à l'époque.

1997, Body Count revient pour la troisième et dernière fois avec l'album The Last Days : Violent Demise. De par son packaging, on peut déjà voir qu'il y a eu du changement chez BC. La pochette annonce clairement la couleur en montrant 2 mains formants un B et un C, les manches des vêtements étant bleues et rouges… traduction : les signes faits avec les mains ainsi que les couleurs des fringues sont des signes distinctifs de gangs. Le dos du cd est designé comme un bandana bicolore (le bandana étant lui aussi un signe distinctif des gangs) et le cd lui-même représente l'arrière d'une balle de calibre 45.
Dans le groupe, exit Mooseman, le bassiste c'est fait viré pour divergence musicale, il est remplacé par Griz. Niveau musicale, on garde la ligne instaurée sur Born Dead.
Les thèmes abordés dans ce dernier opus sont moins politiques et plus en rapport avec la vie des gangs. Y sont notamment abordés de manière assez brutale les différentes façons de mourir (Violent Demise), le sexe (Strippers, Let Me Bring It To Pain), la prison (Dead Man Walking), l'argent (Root Of All Evil). Et il y a bien entendu la traditionnelle "Body Count Song" : You're Fucking With BC.
L'album se conclue sur Last Days, titre de 6 minutes très mélodique durant lequel Ice énumère tous les malheurs du monde (ou presque). La chanson se conclue sur une légère note d'optimisme, comme si dans tout ce chaos, tout pouvait encore s'arranger et ce malgré la tragédie qui frappa le groupe juste à la fin de l'enregistrement de cet album. Beatmaster V, batteur originel du groupe et grand ami d'Ice, décédera des suites d'une leucémie.
Bien que rapidement remplacer par O.T., le groupe ne tournera que peu et la maison de disque les lâchera définitivement en voyant les faibles ventes de l'album. Malgré des rumeurs de reformations et de sortie d'un 4ème album courant 2000, le groupe disparaît. Même si il existe toujours officiellement, Body Count ne devrait plus sortir aucun disque, ses différents membres étant tous passés à autre chose. Ice ayant quitté le monde de la musique pour se concentrer sur sa carrière d'acteur, il semble peu probable de le revoir un jour dans Body Count.

Voilà, résumé dans ces quelques lignes, pourquoi Body Count est un groupe que je considère comme influent bien que peu connu et re-connu par le grand public. Que cela soit pour son implication politique, pour sa musique ou pour ses textes radicalement rentre dedans et engagés, Body Count est un groupe qui mérite une attention toute particulière et que je considère aussi influant sur la vague néo métal que des groupes comme Mr Bungle, RATM ou Black Sabbath. Même si se sont des autres dont tout le monde parle.

UPDATE: Body Count a contre toute attente sorti un 4ème album intitulé Murder 4 Hire en 2006. Cependant ce dernir se trouve à des années lumières des précédents à tous les niveaux.

Par: NicKo

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