Eat Me, Drink Me
Il fait chaud en cette belle journée d’avril. Pas de bol – façon de parler – me voilà en route pour prêter une oreille au tout nouvel album de l’obscur Marilyn Manson quasiment deux mois avant sa sortie mondiale. Normalement, ça devrait refroidir.
Le rendez-vous est pris pour 18h dans les locaux de Universal près de la Sorbonne. Après quelques minutes d’attente, mes quelques confrères et moi sommes plongés dans une salle d’écoute pas aussi high-tech que j’aurais pu le croire. La sono n’est d’ailleurs pas aussi top que ça et pour en avoir fait un certain nombre, cette salle d’écoute n’est vraiment pas la meilleure qui soit.
Enfin bon, le but est donc d’écouter le nouveau disque du révérend « Eat Me Drink Me ». Si ma mémoire est bonne, ce dernier avait pourtant déclarer qu’il n’était pas loin de se plonger en retraite musicale, et après une seule écoute (et quelques réécoutes de certains titres), je me demande si le sieur Manson n’aurait pas du s’abstenir de continuer sa carrière musicale (car oui, Manson ne cesse de s’essouffler musicalement, et ce depuis un bon moment).
Pas de track-list (car il pourrait encore y avoir du changement parmi les titres annoncés), juste 11 morceaux, ce qui est relativement court pour du Manson mais avec tout de même une moyenne de 5 minutes par titre. Alors plutôt que de vous faire un résumé immédiat, on va se la jouer vite fait en track by track :
- Première chanson du disque, sans doute la plus longue puisqu’elle dure plus de six minutes. Les impressions sont pourtant bonnes au départ : l’univers est froid et cinglant, le tempo super lent, le refrain langoureux et presque torturé. Manson décrit la chanson comme un nouvel hymne gothique et il n’a pas tort tant l’ambiance est là. Coté prod’, on se demande pourquoi le révérend s’est mixé une voix entre éraillement digital et douce saturation… bof, bof. Toujours est-il que mine de rien, le morceau s’éternise, ennuie assez vite et que l’ensemble pour une ouverture, est diaboliquement fade.
- On prend la même et on recommence serais-je tenté de dire. Le tempo est encore très lent, les guitares sont plus mélos mais toujours aussi lancinantes. N’attendez pas qu’elles explosent, elles ne le feront pas (voir jamais sur le disque, oups, je devais pas le dire). Les synthés se font plus présents, le refrain cherche à séduire tel un single mais non, ça ne marche pas du tout. A noter un élément important, un solo sur le break ! Et oui, attention, surtout que ce n’est pas du tout le dernier ! Vous êtres prévenus !
- Ah tiens, ça commence un peu à se bouger. La rythmique est plus secouée, ça se veut catchy et dès l’intro je pense un peu à l’ambiance de « I don’t Like The Drugs But The Drugs Like Me » ce qui n’est pas pour me déplaire. L’atmosphère est moins sombre, une sorte de petite fanfare musicale qui se fait ressentir au niveau des toutes petites et douces guitares. On finit tout de même sur sa faim avec une nouvelle esbroufe de solo. Trois morceaux et toujours pas de bombes ou de morceaux qui tapent directement dans l’oreille.
- Attention, l’introduction est déjà plus saturée, le début ne me fait pas penser forcément à du Manson et tant mieux, on sent un léger contraste avec les chansons précédentes. L’arpège est doux et bien trouvé mais la voix pêche pas mal. C’est limite si cette dernière ne vient tout gâcher. Les lignes de chant auraient vraiment pu être meilleures sur le refrain et si ce quatrième morceau est peut-être le titre qui m’aura le plus marquer de ce disque, on y est pas encore. Quelque chose continue vraiment de clocher.
- On retrouve un peu l’ambiance macabre du premier morceau. Le chant est par moment murmuré sur un tempo digne d’un escargot. On se prend un petit solo encore une fois dans la tronche avant que le révérend ne tente une nouvelle fois de faire parler toute sa dépression dans ses lignes de chant finales, ce qui ne convainc – pour le coup – absolument pas. Bof, et bof.
- Oh le single ! Alors là, d’un seul coup ça remue toute de suite plus. La rythmique est plus saccadée au niveau des batteries (très organiques au passage), les synthés possèdent des sonorités kitch façon années 80, mais encore une fois, cela ne suffit pas. La batterie pourtant sympa ne bouge pas d’un poil sur toute la zik et le refrain assez entêtant aurait pu être tellement meilleur si les guitares pétaient enfin dans les enceintes. Oh que oui, que ça manque de rage et de gniak.
- C’est plat, c’est vide, c’est du même acabit que le cinquième morceau… le solo est définitivement de trop. A ce stade, j’avoue que je me fais vraiment chier à l’écoute ce disque. Et pourtant je suis vraiment bon public.
- Ouf, ça s’anime de nouveau avec une batterie un tantinet martiale. Puis arrivent les guitares avec des riffs qui je crois bien, seront les plus puissants du disque sachant que ça reste très sobre. Ca ne casse d’ailleurs pas trois pattes à un canard et Manson fait encore preuve d’un manque réel d’inspiration au niveau du chant. Ca manque d’intonations et de variations.
- On prend le morceau précédent, on l’anime encore un peu plus, on lui colle un solo dans la tronche, un refrain sympa et hop, on a ce neuvième morceau qui marche pas trop mal. Sauf que le refrain aurait du gagner en puissance et que Manson…bah lisez un peu plus haut car c’est la même.
- Le début est bien avec une basse vibrante, la fin est bien avec une montée assez psychotique, au milieu on s’emmerde violemment. C’est cru, mais c’est comme ça.
- Le dernier morceau, et bizarrement sans le savoir, on le savait. Il débute bien avec une vraie ambiance mélodique, enfin des arpèges dignes de ce nom, mais une batterie stéréotypée qui ne varie pas. Le morceau finit par s’éterniser et lorsqu’il se coupe en plein milieu et qu’on le croit finit, mais non, qu’il redémarre, c’est l’échec. Le sieur Manson finira son disque en chuchotant son titre « Eat me, drink me ».
Alors que dire ?
Et bien pour ma part, je suis venu sans en penser grand chose et mon avis est assez négatif. Manson fait de plus en plus mal les choses. Ou est sa folie ? Ou est le gros son qu’on lui connaît ? Qu’il s’assagisse, je veux bien, mais pas comme ça.
Manson est tombé dans ce disque dans une sorte de pop-métal-gothic-indus mal foutu, fade à mourir, où les guitares ne pètent jamais, ou la rythmique est statique et ou l’ambiance marche plus ou moins. Certes d’un coté on sent bien que ce disque a été fait dans un état dépressif (dixit le Manson lui-même) mais voilà ce qu’il en ressort.
Les solos pourquoi pas ? Mais si c’est pour en mettre à toutes les chansons, je dis non. Surtout que n’est pas un guitar-hero qui veut. On regrette aussi que les morceaux, du moins certains, s’éternisent vraiment trop. Alors comme la plupart manque d’intensité, et bien on baille souvent.
Enfin dernier point, si Manson a voulu prouver au monde entier qu’il savait chanter, alors je dis oui. Mais là encore, sa voix ne passe pas sur beaucoup de titres. La façon dont elle a été mixée est plus que douteuse (à moins que la sono de la salle n’ait tout faussé) et son éraillement permanent finit non pas par créer de l’émotion, mais par la tuer.
Et après quelques réécoutes de certains morceaux, l’impression est la même… voilà un album que Manson risque d’avoir du mal à défendre en live, et qui je pense, risque d’en décevoir plus d’un.
Par: Freajok