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Highway To Hell

C'est en ce mois de juin 2005 que les Californiens d'Amen font leur retour en Europe après un changement de line-up et une séparation avec leur label comme c'est maintenant une habitude. L'occasion de suivre le groupe sur quelques dates en compagnie d'un Américain et de deux Autrichiens s'est alors présentée, et comme c'est le genre de propositions que je ne me vois pas refuser, je me retrouvais quelques jours plus tard dans le train Paris - Munich à 6h30 du matin avec le visage carbonisé par une journée en plein soleil.

Mardi 21 juin 2005

Après un voyage de près de 10 heures et une marche à pieds de plus d'une heure sous un soleil de plomb dans les rues de Munich, j'arrive enfin au Backstage, la salle qui accueillera ce soir Sick of it all, avec Amen, Stretch Arm Strong et Crushing Caspars. Je fais alors connaissance avec les nouveaux membres du groupe : Nate (basse), Joe Letz (Batterie), John King (guitare) et Jinxx (guitare) qui sortent d'interview et vont immédiatement dans la salle pour y installer leurs instruments et effectuer le soundcheck. Une fois ce dernier terminé, il ne leur reste qu'a attendre l'heure de monter sur scène. Tout le monde se prépare alors tranquillement pour le concert dans l'espace réservé aux artistes : repas, coiffure, achat de cigarettes, douche, étirements, consommation d'alcool et de boissons énergisantes... On entend les Crushing Caspars qui démarrent leur set. Le groupe de punk / oï semble plaire au public allemand; pendant ce temps, les membres d'Amen finissent de se préparer selon un rituel relativement brutal afin d'être en condition pour offrir un concert aussi intense que possible. Il est donc temps pour moi de rejoindre la salle, ou je retrouve mes compagnons de voyage : Winston, Peter et Maex pendant le set de Stretch Arm Strong dont je n'ai pu voir que les 2 derniers morceaux. Après que la scène ait été mise en place pour Amen avec des drapeaux recouvrant les amplis et des pieds de micro blindés, Ade, un des roadies du groupe place une guitare devant une enceinte, déclenchant un larsen assourdissant. Après quelques secondes de vacarme, les membres du groupe prennent place, Casey Chaos, montant sur scène en dernier, présente brièvement le groupe avant d'entamer l'hymne Coma America.

Les nouveaux membres du groupe ont un jeu scénique proche de celui de Casey, c'est à dire, d'une violence rare. Les titres s'enchaînent : We got the bait, In your suit, Mayday. Les groupe joue des titres qui n'avaient jamais été joué auparavant : Nice to be here, Cracks of tomorrow. C'est alors que les problèmes commencent. L'ampli de John King a une facheuse tendance à s'éteindre tout seul toutes les 10 minutes. Mais ce n'est que le début. Le jeu - particulier, il faut l'avouer - de Joe Letz fait tomber des morceaux de la batterie, obligeant Ade et Todd, les roadies, à tout remettre en place, comme s'ils n'avaient pas assez à faire avec Casey qui défonce tout sur son passage. Le groupe continue malgré tout : War in your name, Freedom now, Broken Design... John King descend de la scène pour jouer au milieu de la fosse. Pendant ce temps, Nate casse petit à petit les cordes de toutes ses basses, arrivant forcément à un moment ou ses 3 instruments se retrouvent inutilisables. Il se précipite alors en backstage pour en chercher une neuve pendant que le groupe est en train jouer. Malheureusement, à peine 2 minutes plus tard, sa basse lui pète dans les mains, l'obligeant à finir le concert avec un instrument en kit.

La fin du set sera amputée de 3 chansons, l'ampli continuant à faire des siennes. Le groupe termine avec The price of reality (dédicace à Freajok) et quitte la scène, déçus par ce concert plus que médiocre.

Après avoir décompressé pendant un moment, le groupe retourne dans la salle pour assister au set des excellents Sick of it all. Pendant ce temps, Casey Chaos va s'occuper du stand ou le groupe vend t-shirts, albums, badges... Ils rejoindront tous le van quelques minutes avant que Sick of it all ne quitte la scène. Après avoir passé un peu de temps en compagnie du groupe dans le parking de la salle, vidé quelques bouteilles et récupéré notre voiture enfermée chez un concessionnaire auto quelques heures plus tôt, nous prenons la direction de l'hôtel ou on dormira à 4 dans une chambre simple de la taille d'un placard. Mes coups de soleil me font de plus en plus mal, mais ce n'est rien par rapport à ce qui nous attend.

Mercredi 22 juin 2005

Cette journée de galère commence tôt, nous sommes réveillés (ainsi qu'une bonne partie de l'hôtel) par Casey qui parle avec une femme qui rit comme une hystérique quelques étages plus bas. Aujourd'hui, le groupe est censé jouer à Luzern en Suisse, mais Joe ayant abimé sa cheville la veille, ils se voient obligés de rester en Allemagne. Tel celle d'un serpent, la peau de mon nez commence à se décoller Nous allons donc déjeuner après avoir rempli les bornes internet de l'hôtel de toute notre monnaie. Un Mac Do expédié en 5 minutes chrono et nous voilà en train de découvrir les supermarchés de Munich. Casey traîne dans le rayon musique, Nate est au rayon bricolage pour acheter des vis de la bonne taille pour réparer sa basse, Todd est au rayon jouets pour acheter un yoyo qui fait de la musique (cassé après l'avoir utilisé moins de 30 secondes), John et Joe, enfn, se jettent tout un tas d'objets à travers le magasin, suivis par Jinxx dont le t-shirt («Jesus hates you») semble déplaire aux allemands. Nous prenons ensuite la direction de Stuttgart, afin de nous rendre à l'hôtel de luxe (etap) dans lequel nous sommes censés passer la nuit avant de nous rendre à Ludwigsburg le lendemain. C'est à ce moment que je remarque que Joe a écrit dans la poussière à l'arrière du van : «Jinxx eats cock» avec un beau dessin pour illustrer, mais ce dernier a l'air d'être immunisé contre l'humour gras du batteur et ignore les nombreuses moqueries. Après deux heures de route, nous arrivons enfin dans une chambre ou dormir à 4 ne ressemble pas à un numéro de contorsionnistes. Mais une douche et une bouteille de vin plus tard, nous voilà hors de l'hôtel, avec la manager qui nous menace d'appeler la police. Je vais être sympa et épargner les détails comme notre soirée dans une station service, le contrôle de la voiture par les flics allemands, la recherche d'un hôtel à 3 heures du mat et tout le reste pour finalement dormir dans la voiture sur le parking d'un cimetière (au moins, c'était calme). C'est ainsi que s'est achevée la deuxième journée de ce voyage qui commence a prendre une tournure plus ou moins prévue et inévitable avec un groupe comme Amen. Mes coups de soleil sont à leur apothéose et mon nez commence à se fissurer.

Jeudi 23 juin 2005

Comme la veille, un matin difficile. Nous quittons le cimetière pour aller à la recherche de la Rockfabrik, la salle ou le groupe doit jouer ce soir, avec une petite pause pour faire connaissance avec les spécialités culinaires allemandes dont je garderai un souvenir impérissable. Nous arrivons enfin à la salle après avoir fait plusieurs fois le tour de Ludwigsburg et attendons le groupe qui doit être sur place à 15h pour le soundcheck. La Rockfabrik est une sorte de bar / salle de concert à la déco originale, d'immenses visages avec des télés incrustées à la place des yeux se trouvent sur les cotés de la scène. La configuration de la scène promet un show aérien puisqu'elle offre de nombreux endroits à escalader (ce dont Casey est amateur).

Tout le monde commence à installer ses instruments, à effectuer les soundchecks, les étirements... et Amen n'est toujours pas la. Lorsque le groupe se pointe enfin, c'est pour se rendre compte que l'ampli de John est complètement inutilisable. Une solution de rechange est alors improvisée, mais plus le temps de faire de soundcheck. 19h, les portes de la salle s'ouvrent. Les emoboys germains de My Dying Summer (oh, quel nom original !) entament leur set devant 5 ou 6 personnes qui n'ont pas l'air très intéressées. Les longues compositions du groupe se suivent et se ressemblent. Une sieste improvisée sur les banquettes du bar m'empêche une fois de plus de voir le set de Stretch Arm Strong. C'est enfin au tour d'Amen de monter sur scène devant une fosse absolument vide à part une petite dizaine de personnes.

Une fois de plus, Casey monte sur scène en dernier et le groupe entame immédiatement We got the bait. Casey va inviter le public à se rapprocher de la scène, mais celui-ci n'a pas l'air très motivé. Le bras droit de Jinxx commence à saigner sérieusement alors que les titres s'enchaînent : The last time, Motorcade Horizon, Gun of a preacherman...

Les quelques fans présents dans la salle en prennent plein les yeux et les oreilles. La setlist est composée d'excellents morceaux : CK killer, Broken Design, Unclean, Die or follow... et les membres du groupe se donnent à fond malgré le manque de réactivité évident du public, venu principalement pour Sick of it all. Casey va chanter au fond de la salle, il escalade les enceintes disposées sur la scène, fait chanter les quelques fans présents et une fois de plus, détruit tout le matériel présent sur scène... Pourtant, les allemands restent scotchés au fond de la fosse. Le set se termine avec Under the robe, que Casey dédicace au Pape («because he's fucking dead») avant d'arracher le micro de la grosse caisse. La scène, en ruines, se retrouve de nouveau vide.

Nous retrouvons le groupe en backstage ou Casey est en train d'enlever ses chaussures (toujours les mêmes depuis que le groupe existe) réparées avec du duck tape. Le groupe, une fois de plus déçu par la réaction du public n'assiste pas au set de Sick of it all, et nous restons discuter en backstage quelques heures avant de rejoindre le van sur le parking ou Casey livre un combat de merde (shit battle en VO) avec Ade pendant que Joe nous montre sa dernière acquisition : un sac à dos rose, assorti à ses lunettes de soleil.

Après une longue discussion, nous décidons de ne pas suivre le groupe, qui part dans la nuit au Fury Fest, car Jay, le tour manager du groupe n'est pas sur que tout le monde puisse avoir un pass. Je remercie donc le groupe pour ce séjour en leur compagnie et nous prenons la direction de Cologne afin que je trouve un train qui me ramène à Paris, des souvenirs plein la tête, et le nez en décomposition avancée. Comme quoi, la vie en tournée est loin d'être sans surprises, et surtout, tout sauf reposante. Et pourtant, on en redemande !

Un grand merci à Casey, Joe, Nate, John, Jinxx, Ade, Todd, Jay, Tori, Winston, Peter, Maex, Stretch Arm Strong, Sick of it all, les allemandes et NicKo pour les coups de soleil.

Par: Kornichon

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